Partager l'article ! les origines de la pêche: Histoire de la pêche Lecerf Yannick Autant par nécessité que ...
Histoire de la pêche
Lecerf Yannick
Autant par nécessité que pour varier ses rites alimentaires, depuis l’aube de l’humanité, l’homme s’est essayé à la capture du poisson et des crustacés.
Si le ramassage sur les estrans ou sur les roches découvertes est une pratique ou homo érectus s’inscrivait dans la chaîne alimentaire des charognards, les traces les plus anciennes d’une activité réfléchie, aidée d’un instrument adapté, remonte au Paléolithique final*. C’est en effet au cours de cette séquence archéologique que les hommes de Cromagnon ont fabriqué les premières pointes de harpons à partir de bois de cervidés ainsi que des foënes en os (fig. 1). Montées sur des hampes adaptées au jet, ces pointes acérées souvent munies de barbelures ne lâchaient plus les prises embrochées. Exhumant indifféremment des restes de poissons de rivière ou du littoral maritime, les sites archéologiques fouillés mettent également en évidence une consommation assez significative de coquillages et crustacés. La taille des vertèbres et des débris coquillés montre que la ’’friture’’ est délaissée au profit de grosses prises. Le saumon semble tenir une place privilégiée dans les repas préhistoriques sans pour autant que soient dédaignés la morue ou la truite et les autres poissons d’eau douce. Par ailleurs, il n’est pas rare de voir des représentations de ces poissons venir orner des objets préhistoriques (redresseur de sagaies) ou encore des lieux de vie comme les grottes ou abris sous roches de Dordogne. Au-delà de l’apport nutritif, les coquillages servent à la confection de colliers retrouvés dans des sépultures datées de 10 000 ans avant notre ère.
Les premiers hameçons droits en os à deux pointes (fig. 2) apparaissent peu de temps avant ceux en forme de crochets. A ce moment du Mésolithiques*, l’habileté des tailleurs de silex montre que parallèlement aux hameçons crochet en os, ceux-ci sont capables de produire par une taille à pression les mêmes crochets en silex finement retouché. Vers la fin de cette période toutes les formes d’hameçon (fig. 3), verront leur performance améliorée par l’adjonction d’une fine barbelure (aiguillon) assurant l’accroche de la prise. A ce moment, on constate l’optimiste des pêcheurs qui s’équipent de gros hameçons écartant le menu fretin au profit de pièces atteignant plusieurs kilos.
Lorsque les cultures du Néolithique* développent la pratique de la navigation côtière, utilisant les pirogues monoxyles*, l’homme quitte le rivage. Prenant le risque de s’éloigner à quelques encablures, il pose des filets et place des nasses sur les hauts fonds. Des restes de filets tressés retrouvés dans les tourbières des lacs de la chaîne alpine et dans les pays nordiques attestent de ces formes de l’activité halieutique. Les pêches aux filets prendront un réel essor durant la période gauloise et Gallo-romaine. Proche de la technique du moderne tramail, les filets seront généralement accrochés au fond ou vaguement dérivant, mais toujours solidaires de l’embarcation. Il faudra attendre la venue de bateaux plus performants pour voir se développer la technique des filets tractés (le chalutage). En effet les techniques de pêche en traction semblent apparaître au cours du XIX° siècle. Jusqu’à ce moment, la plupart des bateaux se limiteront à des activités de ligneurs ou de palangriers.
Placées indifféremment en mer ou en rivière, les nasses en osier ou en tiges de clématite assurent un complément et une variété de subsistance non négligeable. La capture de l’anguille dans les étiers et marécages suscitera beaucoup d’imagination chez les pêcheurs (immersion de fagots de bois ou de poteries, etc…). L’homme, alors installé sur un territoire organisé, va durant cette période (qui est aussi celle du mégalithisme) mettre au point toutes les techniques de capture que nous reproduisons aujourd’hui (pêche à la nasse, pêche à la foëne, pêche au coup, pêche aux filets). Pour compléter la pêche à pied, il ira même jusqu’à penser les premiers pièges à poisson (les pêcheries). Dans un premier temps on les trouvera dans les estuaires, puis elles finiront par remonter assez loin dans certaines rivières pour finir par se développer dans les grandes baies à faible profondeur d’eau. D’une rentabilité évidente pour ces époques, ils deviendront un enjeu de pouvoir. En effet, très vite seuls les castes sociales de haut rang se partageront le droit d’établir des pièges à poisson.
Mais, il faudra attendre le Moyen Age pour voir les grandes pêcheries de bouleau se développer dans le fond de la baie du Mont Saint Michel. Si certaines interprétations un peu hasardeuses voient ces premières pêcheries en bois installées dès le Néolithique sur nos grèves, il faut se souvenir que le niveau de comblement de la baie, encore dans ses dernières transgressions flandriennes*, se situe entre 2,50 m et 3,00 m sous la cote actuelle. Lillemer, comme son nom l’indique est une île asséchant aux basses mers. Aussi en l’absence de tout élément tangible prouvant la présence des pêcheries en bois, il est bien plus probable de voir l’homme du Néolithique tendre des filets lestés en travers des courants. Un autre type de pêcherie, constituée de longs murets de pierre, très courant sur le littoral atlantique semble avoir quitté les rives de la Manche aux abords du XVIII° siècle. Plus fréquent sur les cotes à enrochements, ses besoins de grandes quantités de pierre l’on écarté des techniques de constructions retenues dans cette baie où le roche reste rare. On ne doit pas oublier de mentionner le complément de ressource apporté au meunier par les retenues d’eau nécessaire au fonctionnement de leur usine à farine. En effet qu’ils soient moulins de mer, d’estuaire ou de rivière, les retenues d’eau commandées par des vannes, des sas ou des chasses permettent des prises de poissons assez importantes.
Les premiers hameçons métalliques, apparus à l’Age du Bronze*, ne seront que des reproductions de ceux précédemment aménagés en os et bois de cerf. La seule nouveauté constatée pour cette période se résume aux hameçons à doubles crochets
Aujourd’hui, alors que nous perpétrons des gestes inventés aux temps préhistoriques, nous nous approchons de ces joies simples que ressentaient ces hommes en parfaite symbiose avec leur environnement. En ces temps là, par des prélèvements raisonnés, ces lointains ancêtres garantissaient la survivance des espèces, assurant ainsi à leurs successeurs une ressource qu’ils devaient penser inépuisable.
Paléolithique Final – 35 000 ans à – 10 000 ans avant J.C.
Mésolithique - 10 000 ans à – 5 000 ans avant J. C.
Néolithique - 5 000 ans à – 2 000 ans avant J. C.
Age du Bronze - 2 000 ans à – 750 ans avant J.C.
Pirogue monoxyle : embarcation taillée dans un tronc d’arbre
Transgressions flandriennes : désignation des cinq grandes remontées du niveau marin accompagnées des dépôts sédimentaires responsables du comblement de la baie
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