Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /Déc /2007 11:14

La construction rurale au Moyen Age

 

Apport de l’archéologie expérimentale

 

Lecerf Yannick

Conservateur honoraire du Patrimoine

 

 

Activité à part entière de la recherche, l’archéologie  expérimentale a été longtemps méprisée. Pourtant, lorsque les meilleurs tentaient de mettre en application quelques unes de leurs théories trop rapidement élaborées sur une feuille blanche, l’irrespectueuse réalité des faits ne manquait pas de venir souligner les carences de la proposition.

 

Aujourd’hui, des chercheurs n’hésitent plus à s’investir dans cette discipline. Reproduisant les outils, les techniques ou les procédures oubliés ils s’appliquent à exécuter le bon geste. Par l’observation et l’analyse, ils approchent les modes de pensée et préoccupations des cultures anciennes. Mettant ainsi à la disposition de chacun les clés utiles à la bonne interprétation, ils défrichent les chemins du possible.

 

Construire un habitat avec les matériaux disponibles et sa simple volonté en guise de connaissance ; fabriquer une meule en pierre pour assurer sa subsistance ; bâtir un bas fourneau nécessaire à la production de ce fer tellement indispensable aux multiples outils utilisés lors des travaux des champs ; filer et tisser la laine des moutons ou les fibres végétales issues du chanvre et du lin ; aménager un seau en douelles de châtaigner, des nasses en osier, etc… Toutes ces tâches sont celles assurées par ces familles autodidactes qui ne disposaient d’autre choix que de réussir.

 

Le travail mené sur l’archéo-site de la Chaperonnais en Betton (35) s’inscrit dans cette démarche d’archéologie expérimentale. Inspirée par les restes des quatre mottes médiévales que comptait le territoire de référence, cette aventure est celle de quelques archéologues et historiens locaux. En prenant le risque d’entreprendre un tel chantier l’association ’’les Chemins de la mémoire’’ s’est volontairement replacée dans les pas des petites gens du Moyen Age. Attentif à ne jamais s’écarter d’une certaine rigueur scientifique, ce projet est l’aboutissement d’une longue réflexion qui nous a conduit  des archéo-sites d’Allemagne vers ceux de Belgique en n’oubliant pas les hauts lieux d’expérimentation du sud de la France. Cette pérégrination scientifique est venue compléter la connaissance acquise sur les sites bretons.

 

 

La construction rurale au Moyen Age

 

Abondamment décrites, détaillées ou illustrées, les techniques et procédures de construction des grands édifices civils et religieux du Moyen Age occupent l’essentiel des traités d’architecture médiévale. Conduits par des maîtres d’oeuvre à la compétence affirmée, les corporations de tailleurs de pierre, de maçons et autres métiers rivalisent de savoir pour laisser une œuvre aboutie. Recherchant le meilleur matériau,  affinant les techniques les plus élaborées, faisant preuve d’une dextérité toute tendue vers la perfection, ces maîtres bâtisseurs nous ont légué un patrimoine  duquel  transpire le mysticisme du bel ouvrage.

 

Mais au-delà des ces images récurrentes, acceptons de porter notre attention sur ces simples constructions disséminées dans nos campagnes. Alors, comme pour réparer un oubli, on comprendra les soucis de ces individus sans titre ni richesse, qui ont dû se loger et protéger leur famille ainsi que leur peu de bien. N’étant ni seigneur ni prince d’église, pour réaliser leur demeure, ceux-là ont dû s’adapter, apprendre, emprunter au savoir de chaque corps des métiers des grands bâtisseurs. Qu’elles soient celle d’une famille ou celles de petites communautés autonomes, ces maisons ont été l’œuvre d’autodidactes contraints par la seule nécessité d’aboutir. Avec leurs réussites et leurs imperfections, avec leurs faiblesses et leur simplicité, quelques unes, traversant les siècles, livrent à notre sagacité des informations sur la vie du monde rural. Elles nous invitent à percevoir les difficultés et préoccupations de ces temps incertains.

 

 

La maison paysanne : environnement et fonction :

 

Un peu d’observation permet très vite de comprendre que la maison paysanne n’est pas implantée au hasard. Selon quelle est isolée ou intégrée à un groupe d’habitat, elle se fera discrète ou affichera résolument sa présence. Ne recherchant pas systématiquement les points d’eau (ruisseau ou rivière) la maison individuelle comme celles des trop petites communautés indépendantes auront tendance à vouloir se faire discrètes dans le paysage. Cette discrétion est le premier gage de sécurité. Si à l’inverse le village est celui d’un seigneur, voulant marquer son territoire ou signifier sa puissance, ce dernier affichera ostensiblement sa présence sécurisée par un système défensif terroyé. Pour exemple, une motte médiévale et sa basse-cour choisiront une position stratégique permettant la défense et le contrôle d’un territoire ou de voies de circulation. On les trouvera sur des points élevés ou bien en fond marécageux.

 

Mais quelque soit la catégorie à laquelle elle se rattache, la maison médiévale n’est pas conçue comme une maison pour y vivre. Sa fonction essentielle d’abri protecteur de ses habitants apparaît au premier regard.

 

N’étant pas pensé comme espace de vie, elle se suffit généralement des dimensions assez modestes. S’il peut sembler difficile aujourd’hui d’imaginer sept à huit individus accompagnés  de quelques bêtes dans cet espace encombré des ustensiles et outillage indispensables, il faut se souvenir que cette promiscuité était encore très courante dans les campagnes du début du XX° siècle (la maison cocon organisée en plusieurs pièces spécifiques  est un concept des années 1950). Jusqu’à ces temps récents, la vie se passe en extérieure. Chacun, occupé au travail des champs, du jardin ou accaparé par les élevages, rejoint le bâtiment à la nuit tombante. On s’y retrouve pour se reposer mais aussi se protéger des intempéries et des rôdeurs. On y stocke aussi matériel et quelques réserves de nourriture. Et si on se livre à quelques menus travaux à la lueur du foyer, ces moments restent trop anecdotiques pour être considérés.

 

Selon qu’elle soit isolée ou appartenant à un hameau, la maison peut légèrement différer dans la distribution de son espace. Lorsqu’elle se trouve seule ou très éloignée de ses voisines, on aura été attentif à réserver une surface pour les animaux représentant une garantie de subsistance (vaches, chèvres, porcs). Matérialisé par un petit muret surmonté d’une cloison de bois ou seulement par cette cloison cet espace occupe entre un quart et un tiers de la surface couverte. Les animaux accueillis dans cette partie au sol légèrement surbaissé y accèdent par l’unique porte d’entrée. La partie restant disponible pour les hommes s’organise autour d’un foyer aménagé de quelques pierres enchâssées dans le sol. Le mobilier réduit au minimum pouvait se résumer à un coffre, quelques bancs et un bas flanc pour la nuit. La vaisselle et autres ustensiles devaient se poser à même le sol ou sur les rebords du muret supportant la charpente. Suspendu à cette lourde structure de bois, l’outillage utile aux travaux des champs restait à porter de la main.

 

Autour du logement une satellisation de constructions et aménagements domestiques s’organisent en une ou deux petites parcelles. Celles-ci sont généralement délimitées par un système de fossés et talus que l’on doit imaginer surmontés d’une plesse ou  de palissade. Si ces mouvements de terre sont là pour matérialiser une unité foncière spécifique, ils apportent aussi une protection contre les prédateurs ou les intempéries. Sans devoir être confondus avec la ’’maison forte’’ souvent révélée par des appellations cadastrales spécifiques (la Boule Haye, la Boulais, la Haie de terre, la Grande Haye, etc…), on peut supposer leur présence lorsque apparaissent des noms comme la Plesse ou  la Lice.

 

Lorsque la maison s’associe à d’autres habitations, ses dimensions légèrement plus réduites s’expliquent par l’absence des animaux alors placés dans des abris construits à l’extérieur. Par ailleurs, des constructions communes (four, bûcher, bergerie, poulailler, etc…) libèrent l’espace de vie privée sans pour autant y apporter plus de confort.

 

Dans les villages autonomes constitués d’individualités comme ceux des alleutiers*, l’organisation de l’ensemble paraît plus liée à des actions spontanées qu’à un schéma réfléchi. Tantôt tassées les unes contre les autres, les maisons s’agglomèrent en l’îlots laissant des vides sans fonction affirmée. Ces parties communes, ayant pu être utilisées pour le parcage des animaux, le stockage ou comme aire à battre, paraissent se dessiner spontanément selon l’évolution positive ou négative du village. L’ensemble des îlots forme un type de village dont l’organisation paraît plus soucieuse de la topographie des lieux que d’une volonté d’organisation foncière. Les ensembles de Lan Gouh en Melrand (56) et de Pen ar Malo en Guidel (56) en sont les meilleurs exemples.

 

La construction dans une basse cour en pied de motte implique une agglomération plus ramassée de son habitat. Appartenant à un ensemble ostensiblement renforcé, la maison s’inscrit dans une unité foncière qui veut affirmer sa suprématie sur un territoire. La basse cour ou lieu de vie est dominée par une forte motte surmontée d’une tour en bois. Elle peut regrouper quelques habitations dont le nombre variera selon l’importance du ’’chef’’ et de ses prétentions. La mesnie* y résidant en priorité sera complétée par des brassiers* et quelques hommes de métiers (laboureur, forgeron, etc…). Si la maison n’est pas plus grande que celles décrites précédemment, son espace de vie est amélioré par l’absence des animaux, du matériel et de l’outillage. On les retrouve sous les nombreux appentis construits contre le talus ou bien contre la palissade interne de la fortification Dans ce type de regroupement d’habitat, on constate une organisation soucieuse de l’occupation rationnelle de l’espace. Les constructions domestiques s’intercalent fréquemment dans les vides laissés entre chaque maison. Sécurisés par un système défensif éprouvé pour l’époque, les hommes ont voulu structurer leur espace de vie en rejetant les surfaces de production à l’extérieur de la fortification.

 

Pour être complet, il faut évoquer les constructions temporaires. Généralement plus légères, elles sont de deux ordres et correspondent souvent à des fonctions ou métiers spécifiques.

 

 En premier, on retiendra les habitats construits en terre et torchis. Mais là encore il faut distinguer la maison montée en bauge travaillée de celle constituée d’un simple mur en clayonnage. Le choix de ce matériau est dû à plusieurs facteurs parmi lesquels on peut citer l’absence de pierre aisément accessible dans les abords immédiats, le caractère provisoire de l’installation, le niveau social du groupe. Dans ces constructions, les murs d’argile sont montés sur des ossatures de perches ou de branchages plantés dans le sol. Pour être plus homogène, l’argile est préalablement malaxée avec de la fibre végétale comme du foin ou de la paille. Dans les meilleurs cas on aura pris soin de poser les murs sur un fût de bois placé horizontalement dans une rigole creusée à même le sol. Alors les remontées d’humidité réduites ne viendront pas trop vite pourrir l’édifice. Cette première précaution devra être complétée par une bonne étanchéité du sommet des murs. Le placement d’une demie poutre  de châtaignier en couronnement horizontal suffira à cet effet. Cette sablière haute et la poutre faîtière posée sur ses poteaux supports recevront l’ensemble des chevrons chargés de la couverture. Cette couverture végétale variera selon les moyens des constructeurs.

 

Les décapages effectués sur les lieux où ont été érigées ces maisons de terre montrent généralement une forte densité de trous de calage. Leur section les destine à recevoir ce qu’on doit plus qualifier de piquet que de poteau. De lecture peu aisée, les traces laissées dans les sols ne se prêtent que très rarement une interprétation aisée. Aussi est-il toujours difficile d’y reconnaître des séquences d’occupation  ou d’établir une juste discrimination entre les structures nobles et les empreintes de structures domestiques. L’ancrage de la maison dans le sol ne se distingue guère des traces laissées par les pieds du grenier, ni même par les enclos à plesse destinés à contenir la volaille ou le bétail.

 

La seconde catégorie des constructions temporaires est assurément la plus fugace. Liée aux métiers de la forêt, elle regroupe les maisons des bûcherons, des charbonniers et des essarteurs*. Contraints à se déplacer selon l’avancement de leurs coupes de bois, ils se contentent souvent de petits abris construits de branchages, argile, fougères ou écorce d’arbres. A peine marqué dans les sols cette forme d’habitat est plus fréquemment dénoncée par les résidus de leurs activités (base de meules de charbonniers) ou plus simplement par des appellations spécifiques : Lessard ; les Essarts. Ces observations peuvent également valoir pour quelques autres métiers comme celui de sabotier, de vannier ou d’ardoisier, tailleur d’essentes ou de bardeaux. Mais là, une différence notable est à noter : en effet, dans ce cas le frêle abri est inclus dans l’espace de travail.  Utilisé selon un rythme saisonnier, il bénéficie d’une consolidation renouvelée. Peu étudié, on connaît son existence par les documents anciens mais aussi par quelques noms comme les Loges, laissés sur les cadastres anciens. De trop rares documents iconographiques montrent leurs formes arrondies aux dimensions très ramassées.

 

 

L’architecture vernaculaire :

 

La maison médiévale du monde rural varie peu dans son plan. Souvent rectangulaire, ses dimensions voisinent 8,00 m X 5,00 m. Inscrites dans cette norme, on verra quelques variantes proposant un ou les deux petits cotés dessiner une abside (Pen ar Malo en Guidel 56). Les murs, montés sur une hauteur de 0,60 m à 0,80 m, ont une épaisseur de l’ordre de 0,50 m.. La porte matérialisée par un seuil de pierre s’ouvre sur le grand coté protégé des vents dominants. On constate parfois l’emplacement d’une deuxième porte murée dans le mur opposé.

 

 

 

La maçonnerie :

 

S’improvisant carriers, tailleurs de pierre et maçons, les constructeurs paysans adaptent les techniques et le matériau disponible à leurs capacités. La pierre mise en œuvre provient pour une part importante de l’épierrement des parcelles locales. Aussi ne doit-on pas être surpris de trouver dans l’appareillage des murs une grande variété tant dans la nature que dans les formes des moellons employés. Si par chance, une émergence du substrat rocheux propose un front de taille acceptable, quelque soit sa nature (granite, schiste ou grès) on y prélève le matériau nécessaire à la construction. C’est donc avec ces éléments disparates qu’il faudra ériger un muret suffisamment solide pour supporter charpente et couverture.

 

Le travail commence par le creusement d’une faible tranchée. A peine plus large que le muret prévu, elle dessine le plan de la future maison. Un hérisson de pierraille de petit et moyen calibre en tapisse le fond. Ce radier supportera le mur à doubles parements. Ses deux parements interne et externe, montés simultanément, peuvent s’appuyer l’un sur l’autre ou bien être maintenus par un noyau interne d’argile. L’édification du mur débutera par l’encadrement de la porte dans lequel viendra se fixer la carré en bois. Ici les meilleurs moellons, choisis pour leur forme quadrangulaire et pour leur masse, seront appareillés avec un soin particulier. C’est donc à partir de ce modèle que se développe en lits successifs le pourtour de la construction.

 

Bien qu’autodidactes, les constructeurs retrouvent, sans doute spontanément, quelques astuces architecturales améliorant la solidité de l’édifice. En effet, dans la lecture du bâti, il n’est pas rare de constater la présence de carreaux*, de boutisses* ou même de parpaings*. Placés en parement, les carreaux apparaissent ça et là dans les murs droits. Ils participent à réduire les risques d’écroulement. Les parpaings, posés transversalement sur toute la largeur du mur sont là pour empêcher son éclatement. Les boutisses plus fréquentes dans les parties absidiales remplissent la même fonction. Leur seule différence avec les parpaings provient du fait qu’elles ne cherchent  pas obligatoirement à s’inscrire dans les parements interne et externe.

 

Dans les maisons rectangulaires, les constructeurs apportent une attention particulière aux angles droits. Utilisant de bonnes pierres, la liaison des deux maçonneries perpendiculaires se fait selon la technique du chaînage en besace*. Les assises successivement imbriquées s’organisent en carreaux et boutisses pour assurer la meilleure solidité. Cette technique implique une sélection de moellons aux faces planes et parallèles.

 

Selon la durée du chantier, mais aussi en fonction des moyens du propriétaire, la maçonnerie pourra être liée par de petites plaquettes qui s’écraseront sous la masse des lits de moellons. Cette liaison peut également se satisfaire de lits d’argile habillés en façade d’un joint de mortier de chaux. Et pour les meilleurs cas, l’emploi du mortier de chaux  reste une garantie de longévité de la construction. Afin d’éviter des entrées d’humidité dans le mur ou de favoriser la germination de grain toujours préjudiciable au jointoiement des pierres mises en oeuvre, la construction sera effectuée d’un seul jet. Contrairement aux constructions gallo-romaines où un souci d’esthétique est affirmé par la présence de joints tirés au fer, aucune finition de ce type n’a été constatée sur les maisons rurales du Moyen Age. Quand l’argile intervient dans la construction, elle est généralement malaxée avec quelques éléments de foin finement hachés pour obtenir une ’’colle’’ plus homogène. Lorsque le mur approche de la hauteur choisie, les pierres sélectionnées du niveau supérieur forme une surface plane apte à recevoir la sablière basse.

 

 

La Charpente :

 

Considéré à juste titre comme un bois noble, le chêne n’est pas accessible à tous. Alors les structures bois de la maison des champs empruntent pour beaucoup au châtaignier. D’accès plus facile, cette essence se travaille sans difficulté particulière, et résiste assez bien au temps. Sa souplesse parfois recherchée devient un handicap lorsqu’un madrier doit supporter de lourdes charges. A peine dégrossi à l’herminette, on va toutefois retrouver cette essence dans tous les éléments de la charpente.

 

Cette lourde structure débutera par la pose de la sablière basse. Constituée par une suite de grosses poutres sommairement équarries, elle part d’un montant d’un coté de la porte d’entrée pour ceinturer toute la longueur du mur de la maison jusqu’à atteindre l’autre coté de la porte. La jonction de ses divers éléments, raboutés à chaque extrémité à mi-bois, est assurée par de fortes chevilles de bois. Sa masse devait suffire à la maintenir sur le sommet du muret. Cependant, on ne peut pas exclure la présence de quelques longues tiges métalliques la traversant pour mieux la solidariser à l’âme de la maçonnerie. Chacune des arrivées à la porte d’accès est terminée par un puissant tenon destiné à pénétrer une mortaise. Celle-ci, creusée dans les deux montants de la carrée de l’encadrement de l’entrée, participe au maintien de la porte. Deux poteaux,  dressés dans l’axe central du bâtiment, soutiennent la panne faîtière.   Généralement posés sur une pierre plate ou sur un système de blocage lithique, ils n’entrent que très peu dans le sol. La liaison entre ces deux supports et la panne faîtière se fait par des chevilles bloquant les éléments dans leurs mortaises d’emboîtement. Pour ce portique qui représente un poids voisinant les 500 kg, on imagine sa construction en position horizontale. Il suffit alors de la puissance d’une dizaine d’individus pour l’installer dans sa fonction de support. L’équilibre de l’ensemble est assuré par les chevrons appuyés sur la sablière. Ces chevrons supportent les nombreux liteaux auxquels s’accrochera la couverture.  Si les chevrons sont tirés du châtaigner, les liteaux peuvent utiliser le noisetier. Arrivée à ce stade, la charpente est prête à recevoir la couverture.

 

 

La couverture :

 

N’ayant pas résisté au temps, cet élément de la maison reste souvent une inconnue. Le chaume semble dominer les autres matériaux possibles. Cependant, l’utilisation du bardeau de châtaigner est clairement attestée à cette époque. Plus rarement l’ardoise intervient sur des charpentes renforcées. On ne peut pas non plus exclure la présence de la tuile largement utilisée durant la séquence gallo-romaine. Si la planche de bois, la bruyère, le genet ou le carex apparaissent ça et là comme matériau de remplacement, les couvertures en tourbe et mottes de gazon, connues en d’autres contrées,  ne semblent pas avoir été retenues dans nos régions. L’écorce déroulée de bouleau  ou celle provenant des perches de châtaigniers décollée par les boisseliers* et les tonneliers est très présente dans les abris temporaires.

 

En conclusion : reprendre les gestes et les moyens dont pouvait disposer l’homme du Moyen Age pour assurer son gîte, est assurément une démarche d’archéologie expérimentale. Mais au-delà de la simple connaissance scientifique, cet engagement permet d’approcher le mode de raisonnement de ces constructeurs, leur cheminement intellectuel qui, écartant toute notion de rentabilité, ne leur laissait aucun autre objectif que la réussite. Aujourd’hui l’archéo-site de la Chaperonnais est arrivé à un stade significatif. En y poursuivant la construction, sa mission s’orientera vers l’action pédagogique.

 

 

 

Alleutier :  paysan ne relevant d’aucune seigneurie

Boisselier : fabricant de seaux et boisseau en châtaigner

Brassier :  homme de peine travaillant avec ses bras

Essarteur : défricheur aménageant des espaces ouverts dans la forêt

 Mesnie : ensemble des personnes comprenant la famille et les serviteurs d’un seigneur

Par Yannick L. - Publié dans : Techniques et Divers
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Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /Déc /2007 11:12

 A ce moment de la Préhistoire, les Cultures passées du stade de prédateurs à celui de producteurs se sédentarisent. Bénéficiant de traditions et de savoirs venus du Proche Orient, les groupes humains s'implantent sur un territoire. Cet espace géographique est structuré et modelé par les occupants. On y reconnait les lieux de vie, là où ils construisent leur village. Les lieux funéraires sont marqués par la présence de mégalithes comme les cairns; les dolmens et les allées couvertes. Leur lieux de mémoire ou de commémoration sont matérialisés par la présence de menhirs.

Pratiquant l'agriculture et l'élevage, les communautés sont alors en mesure de subvenir sans trop de difficultés à leurs besoins. Aussi disposent-elles de temps pour entreprendre la construction de grands monuments mégalithiques qui encore aujourd'hui marquent le territoire.
 
Travaillant la pierre, la terre, la peau, l'os et le bois ils fabriquent avec une grande dextérité, tous les outils et ustensiles nécessaires à leur bien être. A coté des poteries parfois finement ornées, on trouve de nombreuses parures (colliers, bracelets, pendeloques, etc...).
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La taille du silex ou des matéraux de remplacement reste une part importante de leur production. Cependant durant cette période la hache en pierre polie va dominer toutes les autres formes d'outils. Quelles soient en silex ou en métadolerite, en jadéite ou en fibrolite, les haches semblent toujours accompagner les hommes du néolithique.
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Montées en haches de coupe ou bien en herminettes, elles  servent à de multiples usages. Cetaines, taillées dans des matériaux nobles (serpentine, jadéite ou autres) ou ayant d'élégantes proportions sont 
montées en parures

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Par Yannick L. - Publié dans : Archéologie
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Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /Déc /2007 11:12

La construction en terre

 

Lecerf Yannick

 

Conservateur honoraire du Patrimoine

 

Venues du Proche orient, les cultures néolithiques, arrivées sur le Massif Armoricain sédentarisent les communautés à partir de 5 000 ans avant notre ère. Organisant son territoire, l’homme y ouvre de grands espaces où s’installent de façon distincte les lieux de vie, les secteurs funéraires et les champs de mémoire. Si les espaces de mémoire sont encombrés de menhirs et de stèles parfois ornés, les secteurs funéraires se reconnaissent par la présence des grandes constructions mégalithiques que sont les cairns, les dolmens et les allées couvertes. Les lieux de vie, difficilement repérables, sont longtemps restés à l’écart des études archéologiques. Hors le camp du Lizo en Carnac (56) signalé dès le XIX° siècle, l’habitat néolithique en Bretagne commence à se livrer au cours des dernières décennies. La prospection aérienne et les grands travaux routiers aidant, en quelques années deux sites majeurs sont identifiés : l’ensemble des quatre grandes maisons de la Hersonnais en Péchatel (35) ainsi que celle du Haut Mée de St Etienne en Coglais (35). Les études menées par les archéologues sur ces vestiges permettent aujourd’hui d’aborder  de façon sérieuse l’habitat néolithique dans l’ouest de la France.

 

Venant moduler, pour notre région, les schémas proposés par les grandes constructions du type danubien qui tendent à apparaître comme un standard pour l’Europe centrale (Bochum-Hiltrop, Zwenkau-Harth en Allemagne), la maison néolithique bretonne propose diverses variantes. Elle peut selon sa taille protéger un groupe  familial (St Etienne en Coglais) ou bien accueillir toute une communauté (Pléchatel).

 

Construites de bois et terre avec leur probable couverture végétale, ces architectures sont admises comme les premiers habitats permanents. Installées dans un espace aménagé, elles s’inscrivent dans un territoire structuré. Si on perçoit encore assez mal leur évolution architecturale durant la séquence néolithique, les fouilles archéologiques de Menez Notariou à Ouessant (29) confirment l’utilisation de la terre et du bois durant l’Age du Bronze (-2 000 ans à – 750 an B.C.) On notera cependant la disparition  des grandes bâtisses d’habitat collectif au profit de la maison individuelle. Cette identification de la cellule familiale par son habitat apparaît comme une constante affirmée au cours de l’Age du Fer (-750 ans à -52 ans B.C.). Durant cette période, l’architecture de terre encore très dominante, se voit cependant concurrencée par quelques constructions aux murs de pierre comme celles vues sur la pointe de Quiberon (56). Cette variante dictée par les disponibilités du substrat géologique semble se cantonner aux bandes littorales de l’Atlantique et de la Manche. Les micaschistes ainsi que certains granites se délitant en plaques, offrent aux autochtones des blocs prêts à l’emploi. Dans l’intérieur du pays, les maisons de terre et de bois restent la tradition. Les fouilles des camps fortifiés de Kerven Teignouse en Inguiniel (56) ou celles  conduites sur le site de Saint Symphorien à Paule (22) confirment cette tendance.

 

Exception faite des cités et des grandes résidences aristocratiques construites en moellons calibrés liés au mortier de chaux, la maison gallo-romaine du monde rurale varie très peu dans ses concepts. La présence d’un petit solin en pierre semble se généraliser pour éviter les remonter de l’humidité dans des murs. Puis ça et là, les couvertures végétales sont abandonnées au profit de la tuile et de l’imbrex. Ces améliorations ou nouvelles modes architecturales influencent peu la maison traditionnelle gauloise. La construction de terre et bois reste la référence durant la séquence proto-historique.

 

Avec de nombreuses influences locales, ces architectures traversent l’histoire pour aboutir aux bâtisses à pans de bois et aux maisons en bauge disséminées sur l’ensemble de la Bretagne. N’étant pas l’apanage des régions ouest, ces pratiques de constructions se retrouvent aussi bien sur les bords du Danube durant la période gauloise que sur les premiers contreforts de Pyrénées où jusqu’au XVIII° siècle la maison rurale béarnaise est toujours de terre et de bois.

 

 

La maison de terre dans son environnement :

 

La construction en terre est une tradition fortement liée à la géologie des sols, et sous-sols. Mettant en œuvre des argiles, des vases marines ou parfois même de la tourbe, on trouve ce type d’habitat dans les bassins sédimentaires, en bordures des baies et des estuaires, ou encore à proximité des zones humides. Cette énumération ne doit pas pour autant occulter d’autres lieux où de simples dépressions auront suffi à fournir le matériau. La bande limitrophe entre la Mayenne et l’Ille et Vilaine de la forêt de la Guerche de Bretagne en est une bonne illustration.

 

Pour ce qui concerne la construction en bauge, le bassin rennais peut être reconnu comme un secteur de référence. Cette technique étudiée avec la plus grande précision par Philippe Bardel et Jean Luc Maillard a fait l’objet d’une publication riche en illustrations et exemples.

 

La tangue largement utilisée dans tout le secteur des polders de la baie du Mont Saint Michel n’est qu’une variable de la construction en bauge. On ne peut cependant pas définitivement écarter la technique du coffrage employée ponctuellement dans le montage de quelques murs en pisé.

 

Par ailleurs, les grands marais ou grandes zones humides ont fourni une palette de matériaux hybrides, allant de la terre argileuse aux tourbes en passant par différentes natures de vases. Parfois préparées en briques ayant bénéficiées d’une cuisson, ces terres ont très tôt servi la construction sur le secteur de la Loire Atlantique   

 

Cette diversité du matériau produit une gamme chromatique résultant des lieux de prélèvement. Ainsi, allant de gris très clair pour les vases marines, aux ocres des bassins sédimentaires ou bien aux couleurs résultant de l’altération des schistes briovériens, les murs peuvent acquérir des teintes très rouges lorsque les prélèvements voisinent des zones calcaires ou bien des faluns du Plestiocène. Si en règle générale, les maisons bretonnes en terre ne supportent à leur construction aucune enduit ni teinte, celles implantées plus au sud sont souvent blanchies à la chaux ou recouvertes d’un crépis clair.

 

 

Les techniques de construction :

 

Prenant en considération les 7 000 ans qui nous séparent des premières maisons du Néolithique armoricain, on doit admettre une évolution assez lente du bâti en terre. Cependant, l’habitat paraît très tôt s’orienter selon deux lignes architecturales distinctes: d’une part les maisons à pans de bois et d’autre par la construction en terre (la bauge).

 

Quelques soit cette ligne, les premières maisons  construites au Néolithique utilisent les deux matériaux (bois et terre). Cette observation est une constante intéressant autant les grandes maisons de vie collective que celles conçues pour la cellule familiale. Hors la taille des éléments de bois, les techniques de mise en œuvre varient peu. Le travail débute par un vaste décapage de la couche humique sur la surface prévue pour accueillir le bâtiment. On imagine alors un tracé au sol marquant l’emplacement des murs, des accès ainsi que les points précis où seront creusés les trous des éléments supports. Ces poteaux sont présents à chacun des angles, mais aussi placés à espaces réguliers sur la longueur des murs gouttereaux* et parfois sur la largeur des pignons. Dans l’axe médian de la construction,  une ligne de trous souligne également la présence des supports de la panne faîtière* guidant le sommet de la toiture. Dans les grandes constructions, ces supports généralement organisés par tierces* structurent des séparations internes dans l’espace habitable.

 

Courant à la base des murs extérieurs, une rigole d’environ 30 à 40 cm de largeur est là pour recevoir un solin*. Cet élément de bois, constitué d’un demi fût de tronc fendu en deux dans sa longueur, évite les remontées de l’humidité dans le mur de terre. Vient ensuite le moment de placer les sablières* hautes sur leurs poteaux supports. Ces derniers, plantés dans les trous, sont maintenus en position verticale par un calage de pierre. Les sablières peuvent venir s’encastrer dans des fourches de branches ou bien bénéficier d’un emboîtement à mi-bois. La liaison est alors assurée par l’adjonction d’une cheville et souvent complétée par une ligature végétale en ronce ou liber* de tilleul tressé en corde. Pour une habitation de taille plus modeste, une poutre d’entrait* placée à chaque pignon sur les sablières assure l’écartement de la charpente et l’aplomb des murs longitudinaux. Selon l’évolution de la taille du bâtiment, ces poutres traversières s’ajoutent à espaces réguliers.

 

La panne faîtière* de la charpente est hissée sur ses supports, et là encore fixée selon la technique décrite plus avant. L’adjonction de plusieurs arbalétriers* reste dépendante de la taille du bâtiment. Ils viennent soutenir les pannes* intermédiaires sur lesquelles s’appuient les chevrons* tendus entre les sablières et la panne faîtière. Puis vient le moment de poser les nombreux liteaux* où s’accroche la couverture. Placés perpendiculairement à la pente de la toiture, ils assurent des risques d’affaissement du couvert végétal et de la régularité d’écoulement des eaux de pluies garantissant ainsi l’imperméabilité du toit. Toutes ces pièces fendues selon le fil du bois et rectifiées à l’herminette à lame de pierre, n’offrent pas la régularité d’un sciage. Malgré ce handicap, elles gardent une réelle solidité. Sachant que, les haches et herminettes à lame de pierre travaillant essentiellement le bois vert, on comprend mieux les distorsions de certains éléments sortis des tourbières.

 

La couverture terminée, les constructeurs redescendent au sol. Là, ils vont s’appliquer à l’élévation des murs. Apres avoir collecté dans les alentours une importante quantité de petit bois, l’opération débute par un long travail de tressage. On commence par fixer entre le solin et la sablière dans des encoches une série de entretoises* espacées d’une quarantaine de centimètres. A partir de cette trame, il faut alors procéder, à un véritable ’’tricotage’’. Ce travail est effectué à l’aide de branches souples (saule, osier, noisetier, bourdaine) et de faible section. Cette phase de vannerie terminée participe à la rigidité de l’ossature de la maison.

 

Il est alors temps de procéder à l’habillage des murs. Pour ce faire, les constructeurs mélangent par piétinement de grosses quantités de terre argileuse avec de la fibre végétale (foin, bruyère, paille, etc…). Sans être trop liquide, le mélange obtenu doit rester assez souple. Il doit ensuite être appliqué avec suffisamment de pression pour pénétrer dans les interstices de la trame des bois tressés. L’expérience a montré que cette opération doit se réaliser simultanément aux mêmes emplacements des faces intérieures et extérieures du mur traité. Outre le fait que cette exigence favorise une bonne fusion de l’ensemble, elle évite les refoulements et coulages du mélange sur la face qui aurait été délaissée.

 

Lorsque l’apport de mélange argileux couvre toute la surface verticale, le mur terminé peut atteindre une épaisseur voisinant les quinze centimètres d’épaisseur. Seule l’ossature des gros éléments supports reste apparente (encadrement des accès, poteaux d’angles et intermédiaires).

 

Après quelques heures de séchage, il est temps de préparer une barbotine. Elle sert au bouchage des fissures que la retreinte n’aura pas manqué de produire. Afin d’obtenir un résultat efficace, la barbotine doit être entrée à force dans les fissures. Pour cela on peut utiliser un lissoir ou une sorte de spatule en bois. Cette opération devra être recommencée autant de fois qu’il sera nécessaire. Chargée d’interdire les entrées d’eau dans l’épaisseur des parois, elle est une condition importante de solidité et de durée.

 

Vient alors le temps de s’occuper de  couvrir la maison.

 

La lecture des cadastres napoléoniens renseigne sur l’importance des landes et des friches avant le développement de l’agriculture mécanisée apparue dans les années 1950. Cette information ouvre un large champ d’investigation pour aborder la nature des végétaux susceptibles d’intervenir dans la couverture de l’habitat pré et proto-historique. Si on peut énumérer sans trop de risque d’erreur le roseau et le chaume céréalier, on doit aussi envisager l’utilisation du genêt, de la bruyère, du carex, ainsi que quelques autres plantes ligneuses délaissées aujourd’hui.

 

Dans leurs reconstitutions, les archéologues allemands, belges, s’appuyant sur des éléments sorties de tourbières, proposent également des toitures couvertes d’écorce d’arbres, de planches ou même de peau. Dans l’ouest de la France le Ph des sols, ne permettant pas une bonne conservation de la matière organique, interdit d’aller aussi loin dans l’interprétation. Cela ne doit pas pour autant écarter ces possibles solutions.

 

Cette description de la procédure et des techniques de construction, implique une collecte de tous les matériaux nécessaires dans un environnement proche du chantier. Pour avoir reconstruit selon  les règles décrites ci-dessus une petite maison et un abri couvrant  à peine 40 m², il nous a été nécessaire de prélever sur une surface de lande et de bois de près de 2 hectares. Il est à noter que ce travail de collecte représente un temps non négligeable. Il doit être intégré dans la liste des contraintes décidant du lieu et de la taille du projet.

 

 

L’évolution du bâti :

 

L’Age du Bronze (- 2 000 ans B.C. à – 750 ans B.C.) et L’Age du Fer (- 750 ans B.C. à – 52 ans B.C.) n’apportent pas de grands changements dans les techniques de construction de la maison. On note cependant que la hache et l’herminette à lame de métal, ainsi que la scie favorisent sensiblement le travail du bois. Habilement ouvragé ce matériau prend une place de plus en plus importante dans la construction. Alliant sa fonctionnalité à l’aspect décoratif, il marque un changement avec les constructions précédentes dont la fonction semble s’être réduite à accueillir et protéger les hommes. Par ailleurs, on constate la grande dextérité des charpentiers d’alors maîtrisant le tenon et la mortaise, le travail à mi-bois, le trait de Jupiter, etc… Cette maîtrise participe probablement à l’évolution du plan de l’habitat, qui de la  maison néolithique au plan allongé va évoluer vers les espaces plus carrés des maisons de l’Age du Fer où la charpente s’appuie sur une suite de puissants portiques de bois. La maison proto-historique devient plus fonctionnelle et peut- être plus conviviale.

 

Ces robustes ossatures de bois habillées d’un mélange d’argile et de paille peuvent être considérées comme l’origine des constructions à pans de bois et torchis. Cette forme architecturale très présente dans les villes atteint son apogée au cours du XVII° siècle. A ce moment les bois visibles des façades bénéficient souvent d’ornementations très élaborées rehaussées par des teintes. Au cours du siècle suivant, une mode nouvelle incitera à couvrir d’enduits argileux tous ces éléments de bois allant même parfois jusqu’à faire disparaître certaines sculptures.

 

 

La maison en bauge :

 

Issue des techniques les plus anciennes, cette forme de construction en terre doit être considérée comme une particularité dont il est difficile de situer précisément l’origine sur l’échelle chronologique. De mise en œuvre relativement simple, elle implique des règles et procédures incontournables, garantes de solidité. Ce type de construction sert autant l’habitat que les bâtiments domestiques (granges, fours à pain, poulailler, etc…). Il implique la présence de terre argileuse dans les environs immédiats. Récupéré sur place, le matériau provient souvent du raclage de la couche trouvée entre la semelle de labour  et le substratum altéré. Parfois sa collecte aboutit au creusement de mares ou viviers. Mais ce cas implique de purger l’argile de toutes les plaquettes qui ne manqueraient pas de gêner la cohésion du mélange argile et végétaux. 

 

La couche de terre arable  ayant été enlevée, les maçons procèdent au creusement de la tranchée de fondation. Dans cet espace de 50 à 60 cm de largeur, recevra le soubassement, le solin de pierre monté au mortier de chaux. Selon le type de bâtiments mais également en fonction de l’aisance financière du commanditaire, la hauteur du mur pourra varier de 0,50 m à 2,50 m. Si sa fonction principale consiste à éviter l’humidité remontée par capillarité dans les murs de terre, il assure surtout une bonne assise du bâtiment. Des carrées* en bois matérialisant les ouvertures (portes, fenêtres, gerbières, lucarnes) sont préparées et placées par les charpentiers. Ce solin en pierre devient l’élément directeur de la construction. Il détermine l’épaisseur des murs. Selon sa hauteur, il peut influencer l’organisation des éléments de la charpente. Il est un garant de la solidité de la construction.  La bauge, mélange de terre argileuse et d’éléments végétaux (paille, foin, bruyère, genêt, etc…) est préparée au sol par piétinement. Découpé à l’aide d’un taille-marc*, le mélange est placé sur le solin de pierre avec un débordement de quelques centimètres. Lorsque la levée* ainsi montée voisine les 0,60 m d’épaisseur, un maçon débout sur le mur de terre dresse les deux faces interne et externe à l’aide de la paroire*. Autant pour résorber les imperfections que pour affermir la paroi, on procède au tricage* de la levée. Cette opération, menée à l’aide d’un bâton requiert une grande attention. Trop appuyée, elle peut incliner le mur jusqu’à son effondrement.

 

Les aléas climatiques conditionnent l’avancement du travail. Il faut quelques jours de séchage à chaque levée avant de pouvoir poser la suivante. Par ailleurs on constate que le seul tassement du mur de bauge est limité au piétinement du maçon chargé de disposer les mottes.

 

L’élévation des murs, associée au placement des carrées* des ouvertures impliquent une parfaite coordination des maçons et des charpentiers. Pour une maison ou une grange de taille moyenne, il suffit de quelques mois de travail pour laisser la place aux charpentiers. S’appuyant sur l’arase* de la dernière levée, ces derniers vont tailler, assembler tous les éléments de chêne, châtaignier ou autre bois chargés de supporter la couverture. Sablière, panne faîtière ou simple panne, arbalétrier, blochet entrait, jambe de force moisé sont autant de termes que seul un traité de charpentier permettrait de placer dans la structure. Mais tous ces éléments concourent à la solidité et à l’esthétique du bâtiment.

 

Les finitions et les aménagements intérieurs se résument souvent à un simple badigeon au lait de chaux. Les fenêtres et portes simples ou à double battant posées, le propriétaire peut investir les lieux. Bien protégée des entrées d’humidité, son bâtiment accueillera plusieurs générations.

 

Ces constructions en terre longtemps délaissées et méprisées, par un souci d’écologie, retrouvent aujourd’hui tout l’intérêt qui leur est dû. Témoins de sociétés organisées autour d’un monde rural fondé sur une économie de proximité, elles gardent aussi dans leurs murs les secrets de tous ceux qui ont façonné notre environnement en empruntant au sol les matériaux utiles à leurs besoins.

 

 

Lexique :

 

Arbalétrier : poutre oblique posée entre la sablière et la panne faîtière. Il supporte les pannes.

 

Arase : surface horizontale  supérieure d’un mur.

 

Boucard : outil utilisé pour arracher les pommes de terre.

 

Carrée : encadrement en bois d’une porte ou d’une fenêtre. Une carrée peut être simple ou double.

 

Chevron : pièce de bois  destiné à recevoir les liteaux. Les chevrons dirigent l’inclinaison du toit.

 

Entrait : pièce de bois  fixée horizontalement entre deux arbalétriers ou directement sur les sablières pour la maison préhistorique.

 

Entretoise : élément fixé entre le solin en bois et la sablière sur la maison préhistorique.

 

Liber : fibre végétale présente entre l’écorce et le bois d’un tronc d’arbre. Etait tressé en corde au Néolithique.

 

Liteau :  longue latte de bois sur laquelle on accroche la couverture.

 

Levée : hauteur de bauge placée sur le mur en construction (environ 0 ,60 m)

 

Panne : Longue pièce de bois placée sur chant. Elle participe au support des chevrons.

 

Panne faîtière : Panne matérialisant l’arête sommitale de la  toiture.

 

Paroire : sorte de bêche plate et aiguisée servant à dresser les murs en terre

 

Mur gouttereau : mur longitudinal recevant la pente du toit. Perpendiculaire au mur pignon.

 

Sablière : longue pièce de bois posée sur le sommet du mur gouttereau.

 

Solin : mur de soubassement monté en pierre. Sur la maison préhistorique on qualifie de ce nom la pièce de bois posée au sol.

 

Taille-marc : sorte de couteau à long manche servant à couper le marc de pommes.

 

Tricage : opération qui consiste à battre le mur pour faire disparaître une imperfection.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


En 1939 la guerre éclate. A quatorze ans et son certificat d’études en poche, Jean Loret rêve de faire du vitrail. Pour cela, il doit ’’aller au brevet’’. Mais les évènements en décident autrement. C’est donc dans l’entreprise familiale que Jean aborde la construction enterre.

 

J.L. « comme on était de Betton, on travaillait surtout sur le secteur avec quelques chantiers dans les communes voisines. Mais très peu ! Si j’ai  participé à la construction quelques maisons, on intervenait surtout pour des granges et des étables ».

 

« On était cinq à six compagnons, car en ce temps il n’y avait aucune machine. Il fallait tout faire à la main. »

 

Y.L. « Utilisiez-vous des techniques différentes selon le type de bâtiment demandé ? »

 

J.L. « Non, non, nous on ne travaillait que la bauge. Mais on appelait ça la daube. »

 

« D’abord, il fallait aller couper la bruyère en forêt. On partait tôt le matin. Et à la faucille, on faisait des petits paquets de bruyère qui étaient placés sur le bord du chemin. Le fermier passait ensuite prendre ces petits fagots avec sa charrette. »

 

« La bruyère, c’est bien meilleur et plus solide que la paille. Mais c’est vrai, on pouvait aussi utiliser la paille. »

 

« Ensuite, il fallait une terre argileuse, oui. Mais surtout qu’elle n’ait pas trop de cailloux. Sinon il fallait les enlever au boucard* lorsqu’on commençait le mélange.  Quand il y a trop de cailloux il est difficile de faire des beaux murs et lorsqu’on le taille au paroire, ça fait de rayure qu’il faut enlever ensuite. »

 

Y.L. « Par quel travail commençait la construction ? »

 

J.L. « On devait commencer par creuser la tranchée de fondation. On travaillait à la pioche pour descendre jusqu’à 50 cm environ. En fait ça pouvait varier selon le terrain. La tranchée était juste un peu plus large que le soubassement de pierre. »

« Ensuite on construisait le soubassement. La pierre commandée par le fermier venait des carrières de St Germain sur Ille. Elle arrivait souvent en bateau par le canal jusqu’à la cale de Betton. Le fermier la remontait en charrette.»

 

« On construisait avec du mortier de chaux. Mais la chaux, on devait d’abord la faire. Elle arrivait sous forme de grosses pierres blanches qu’on mettait dans une grande fosse. Alors, il fallait l’arroser copieusement pour l’éteindre. Et quand tout était transformé en poudre, on pouvait l’utiliser. Après l’avoir bien remuée au boucard* »

 

« D’ailleurs, c’est cette chaux qui servait aussi à enduire et badigeonner les murs intérieurs de la maison. Mais je vous expliquerai plus tard. »

 

« Lorsque le mur du soubassement était monté à la bonne hauteur, 0,80m à 1,00 m ou plus, on plaçait les carrées des fenêtres. Celle de la porte était placée dès qu’on arrivait au niveau du seuil. »

 

« Le travail de la terre pouvait commencer. On faisait une mottée : c'est-à-dire qu’on étalait sur un large cercle une bonne  épaisseur de terre 15 cm à peu près. Puis après l’avoir arrosée on la pilait et on la mélangeait  au pied et au boucard. C’est avec cet instrument qu’on pouvait enlever les derniers cailloux. Puis quand c’était bien homogène,  on ajoutait un lit de bruyère ou de paille. Et on recommençait le piétinement. C’était fatiguant car on avait des gros brodequins avec des guêtres en cuir épais. »

 

«  On faisait comme ça plusieurs couches pour atteindre 50 à 60 cm de hauteur. Puis quand tout ça était bien mélangé avec des fourches plates, on le montait sur le soubassement par levées successives. Chaque levée variait de 0,60 m à 0,70 m. »

 

Y.L. « Ce travail de mélange pouvait-il effectuer par des animaux ? »

 

J.L. « Moi, je n’ai jamais vu d’animaux piétiner le mélange »

 

« Après avoir laissé sécher quelques temps, il fallait environ un mois par levée, on tranchait le débordement. Cette opération permettait de dresser le mur. Pour cela on utilisait la paroire ; c’est un peu comme une bêche à lame droite. »

 

« Là il fallait avoir l’œil et un bon coup de main pour suivre la ligne du cordeau. »

 

« Si une pierre venait à rayer le mur, il fallait triquer, c'est-à-dire le battre pour resserrer la terre et faire disparaître la cheminée* »

 

Y.L. «  Afin de rendre l’ensemble plus solide, pouvait-on y ajouter du mortier de chaux ou bien  d’autres éléments comme par exemple des poils d’animaux ? »

 

J.L. « Non non, nous on ne mettait  rien que de la terre et de la paille ou de la bruyère. Et si on regarde certains bâtiments, on voit bien la paille. La bruyère, c’est moins visible. Pourtant, c’est vrai, j’ai entendu dire et j’ai vu dans des démolitions que les anciens rajoutaient du poil de vache. »

 

Y.L. « On voit souvent sur les fermes et maisons en terre des enduits qui se délitent. De quoi sont fait ces enduits ? »

 

J.L. «Généralement, on ne mettait pas d’enduit sur les murs extérieurs. Ces enduits on été rajoutés après. Mais c’est pas toujours bon car ça empêche le mur de respirer et ça demande un gros travail de préparation. On devait poser un grillage sur toute la surface avant de mettre l’enduit. »

 

« Moi j’ai surtout fait des badigeons intérieurs avec mon père. Et souvent c’était moi qui badigeonnais  les murs au lait de chaux. Ça éclairait la pièce et c’était très sain. »

 

Un peu étonné que l’on vienne solliciter son précieux savoir Jean Loret s’en est retourn

Par Yannick L.
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