Evolution des pratiques funéraires
aux temps préhistoriques
Yannick Lecerf
En des temps où les cultures acheuléennes ont déjà abandonné la chaîne des charognards pour se livrer à la cueillette et la traque du petit gibier, aucune trace d’inhumation ne vient attester une préoccupation face à la mort.
Au Paléolithique :
Il faut attendre le Paléolithique Moyen (-200 000 ans à – 35 000 ans avant notre ère) pour percevoir les premiers rites funéraires. En effet, les premières traces d’anthropophagies constatées par des stries de découpe au silex laissées sur des ossements humains permettent d’attester de ces pratiques sans doute ponctuelles.
L’ingestion de certaines parties du défunt entreprise dans un lieu spécifique peut être considéré comme un cérémonial honorifique envers un individu dont la vie et les qualités doivent perdurer à travers ceux qui lui succèdent.
Vers 50 000 ans avant notre ère, les premières sépultures construites apparaissent en Italie. Constituées de crânes déposés dans un cercle de pierres, elles sont le témoignage tangible d’un véritable cérémonial. Si préalablement au dépôt funéraire, on a pris soin d’extraire la cervelle des boites crâniennes pour une possible acte d’anthropophagie, ces manifestations évidentes montrent combien la mort interpelle déjà l’homme de Neandertal.
En France :
Sur le site de La Ferrassie en Dordogne, deux sépultures d’adultes protégeant un homme et une femme sont accompagnées d’outils en silex et de nourriture. La position fœtale donnée à la femme paraît avoir été tenue par des liens.
Six tombes d’enfants, marquées des monticules de terre et de pierre, font de cet ensemble une première nécropole. Parmi ces tombes, ont reconnaît deux sépultures de nouveaux nés et une tombe donnée à un fœtus. Quelques belles lames de silex accompagnent les enfants.
A la Chapelle aux Saints en Corrèze, un vieillard placé dans une fosse a été retrouvé adossé à une dalle. Sa tombe était pourvue d’offrandes alimentaires.
En d’autres lieux, des parures, des fleurs, des dépôts de terre et de sable colorés sont là pour affirmer le soins, le respect et la considération envers ces personnages abandonnés dans ces lieux choisis.
Dès ce moment du Paléolithique, on constate au travers des dépôts funéraires l’espérance d’une autre vie. Inhumés avec un viatique, avec leurs armes et leurs parures, les individus sont ainsi équipés pour ’’le voyage’’.
Ces rituels se confirment largement durant le Paléolithique final et s’amplifient au cours de la période du Mésolithique.
Au Mésolithique :
Durant cette séquence placée entre -10 000 ans et -5 500 ans avant notre ère, le cérémoniel prend une place de plus en plus importante. Sur ce qui apparaît aujourd’hui comme l’îlot de Téviec (56), on a pu en constater les traces.
Les morts sont revêtus de parures et saupoudrés d’ocre. Ils sont accompagnés d’objets divers. De grandes ramures de cervidés viennent souvent encadrer leur espace funéraire. Des foyers rituels ont été allumés autour de tombes surmontées d’un édifice constitué de quelques grosses pierres. Par ailleurs, il semble que des sacrifices humains aient accompagné les cérémonies funéraires.
C’est vers la fin de cette période qu’apparaissent les premières sépultures mégalithiques.
Au Néolithique :
Très présent durant cette période qui s’échelonne entre -5 500ans et -2 200 ans avant notre ère, le mégalithisme funéraire occupe une place importante dans cette culture. Si nous pouvons affirmer sans risque que les menhirs isolés ou en groupe n’ont rien à voir avec le funéraire, les cairns, les dolmens et les allées couvertes participent à l’organisation des territoires de ces communautés sédentarisées.
Les grands cairns comme celui de Barnenez à Plouézoch (29) et quelques autres tertres carnacéens témoignent de la part importante de la mort dans la culture néolithique. Les morts sont déposés dans de grandes chambres aménagées au cœur de vastes constructions mégalithiques. Le rituel funéraire a pour habitude de leur laisser toutes les pièces et ustensiles dont ils auront besoin dans cette autre vie. Et, pour ’’le voyage’’, on leur laisse des poteries remplies de nourriture. La mort n’est donc pas un état définitif.
Cependant, l’importance de ces grands monuments ne doit pas occulter que leur accès n’est autorisé que pour quelques uns : sans doutes les élites de ces sociétés. Inhumés en pleine terre, ou même peut-être déjà incinérés, les autres (la majorité sans doute), ne bénéficiant pas de ces largesses pour le passage vers ’’l’autre monde’’, n’ont laissé aucune trace de leur mort. Nous avons ainsi la confirmation d’une société déjà hiérarchisée jusque dans la mort. Ce fait perceptible dès la période précédente se confirme de façon évidente ici.
Par la suite au cours de cette période de trois millénaires, les grands cairns laisseront la place aux allées couvertes et autres architectures funéraires dérivées. Allées couvertes à entrée latérale, dolmens coudés ou transeptés cette grande variété ne modifiera pas sensiblement les rituels funéraires.
Si durant cette période, l’homme organisant son territoire semble attentif à séparer le territoire des morts de celui des vivants, ils semble que pour le cas du camp du Lizo en Carnac (56) cette règle n’a pas été respectée puisqu’un dolmen se trouve dans l’enceinte même de l’habitat fortifié.
A l’Age du Bronze :
La métallurgie apporte des changements significatifs dans la structure des communautés de l’Age du Bronze. Ces modifications se répercutent dans le traitement de la mort. Alors que la société accentue la primauté de certains individus sur leurs semblables, les sépultures collectives liées au mégalithisme de la période précédente disparaissent au profit des inhumations individuelles sous tertre tumulaire.
Certaines de ces tombes richement dotées d’outils parures et autres matériels d’accompagnement dénoncent l’émergence d’une aristocratie guerrière.
Parallèlement, des nécropoles de sépultures en coffre de pierre se développent peu partout sur le Massif Armoricain. Le mort, placé seul dans chacun des coffres est généralement couché sur le coté en position fœtale. Dans ces petites sépultures où le mobilier reste rare, il arrive que la présence d’une poterie ou d’un bijou (collier, bracelet) tente de venir marquer le rang social du défunt. Mais ce qui apparaît au premier regard est bien la constante de la préservation du corps pour un ’’transport vers l’autre monde’’ et d’une renaissance affirmée par la position fœtale.
Si ponctuellement quelques grands mégalithes se trouvent encore utilisés (St Just 35) ces faits très anecdotiques disparaîtront rapidement.
Venue de l’Est, les pratiques cinéraires restent longtemps marginales. Puis par une timide pénétration, elles finissent par s’implanter sur la péninsule armoricaine. Alors que ’’les champs d’urnes’’ accaparent le rituel funéraire dans l’est de la France, la Bretagne maintient malgré tout sa tradition des grands tumulus que l’on trouve concentrés dans le centre ouest de la région.
Malgré cette exception, on peut raisonnablement penser qu‘à ce moment l’individu accepte l’idée que la résurrection peut intervenir sous une autre forme que celle de l’enveloppe charnelle.
A l’Age du Fer :
Par leur approche philosophique, les Celtes admettent que la disparition du corps humain. Pour la premières fois l’existence d’un autre monde celui des morts est admis par le Gaulois. L’incinération devient donc la pratique la plus courante sans pour autant abandonner les autres modes funéraires. L’Armorique a su garder certaines de ces nécropoles au type assez diversifié. On y reconnaît des sépultures sous petits tertres constitués de pierres parementées. De forme circulaires ces tombes contiennent on petit coffre fermé dans lequel pouvait être déposé une urne (Le Bono 56) ou bien un corps entier pour les plus grandes d’entre elles (Pluvigner 56). Dans d’autres secteurs la pratique de la nécropole cinéraire est matérialisée par la présence d’une série de stèle de granite marquant un espace funéraire. Dans ce cas les poteries reposent dans une petite fosse creusée à même le sol, et hélas pas toujours à l’abri de travaux agraires profonds.
Si notre région paraît ne pas avoir été concernée par les très grandes sépultures princières à char comme celles de l’est de la France, cette absence n’autorise cependant pas à imaginer une société plus égalitaire.
Si la vie n’est pas égalitaire, peut-on prendre le risque d’affirmer que la mort corrige cette disparité ???
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On s'écarte des grands mégalithes pour abandonner les pratiques
d'inhumations collectives au profit de sépultures individuelles dont le volume et la richesse affirment le rang social du défunt.
Probablement lancés dans une concurence commerciale, les
fondeurs inventent et développent un nouvel outillage (faucille, serpe, gouje, ciseau, enclume, marteau, burin, lime, etc...) Parallèlement la panoplie guerrière s'enrichit d'épées, de pointes de
lance, casques, cuirasses et boucliers. Devenu incontournable, le bronze est présent dans tous les domaines de cette nouvelle société.